L’Apec a publié le 13 octobre 2026, pour son 60e anniversaire, une étude rétrospective sur l’évolution de la population cadre en France depuis 1966, année de sa création à l’initiative de la CFE-CGC. Fondée sur une enquête auprès de 2 000 cadres et 3 000 non-cadres, croisée avec les données de son observatoire historique, l’étude recense plus de 4 millions de cadres dans le secteur privé, soit cinq fois plus qu’en 1968. Le profil type s’est transformé : plus féminisé, plus souvent expert que manager.
Ce que dit le texte
Selon l’Apec, les cadres représentaient environ 7 % des effectifs du secteur privé en 1968 ; ils en constituent aujourd’hui près du quart. Cette progression s’accompagne d’une féminisation continue : l’Insee observe, sur le périmètre plus large des cadres et professions intellectuelles supérieures, que la part des femmes est passée de 21 % en 1982 à 42 % aujourd’hui, un doublement en quarante ans.
L’étude pointe surtout un recul de la fonction d’encadrement : la part des cadres encadrant d’autres salariés est tombée de 53 % en 2006 à 42 % en 2020, selon les données de l’observatoire Apec. La population cadre est désormais majoritairement composée d’experts sans responsabilité managériale directe, une bascule que l’Apec relie à l’allongement du temps de travail et à la complexité croissante des situations à gérer pour qui encadre.
Le statut reste toutefois valorisé : 85 % des cadres interrogés jugent important de le conserver, et 93 % se disent investis dans leur travail, sans écart selon l’âge, précise l’étude Cadroscopie publiée à cette occasion.
| Critère | Hier | Aujourd’hui |
|---|---|---|
| Effectifs de cadres (secteur privé) | Cinq fois moins qu’aujourd’hui (1968) | Plus de 4 millions |
| Part des cadres dans l’emploi privé | 7 % (1968) | 23 % (2020) |
| Part des femmes parmi les cadres | 21 % (1982) | 42 % (aujourd’hui) |
| Part des cadres encadrant d’autres salariés | 53 % (2006) | 42 % (2020) |
Ce que ça change pour les employeurs
Pour les directions RH, le repli de la fonction managériale interroge les politiques de gestion de carrière : le parcours cadre ne passe plus systématiquement par l’encadrement d’équipe. Les grilles de classification et les critères de promotion construits sur le seul critère hiérarchique perdent en pertinence face à une majorité de profils experts, ce qui pousse certaines entreprises à formaliser des doubles filières d’évolution, managériale et experte. Les branches qui conditionnent encore l’accès au statut cadre à une fonction d’encadrement risquent de voir ce critère de moins en moins représentatif de la réalité des postes.
La féminisation progressive de la population cadre renforce par ailleurs les enjeux déjà suivis dans le cadre de l’index Egapro et des négociations annuelles obligatoires sur l’égalité professionnelle, notamment sur l’accès aux postes à responsabilité, où l’écart entre hommes et femmes reste documenté par l’Insee malgré le doublement de la part féminine depuis les années 1980.
À surveiller
L’Apec indique poursuivre la publication de volets complémentaires de l’étude Cadroscopie dans les prochaines semaines, portant sur les rémunérations et les aspirations professionnelles des cadres. La CFE-CGC, à l’origine de la création de l’organisme paritaire en 1966, suit ces travaux dans le cadre du renouvellement de sa convention avec l’État et les partenaires sociaux. Aucune échéance réglementaire n’est associée à cette publication, de nature statistique et prospective, mais elle alimente le débat sur la redéfinition du statut cadre, régulièrement posée par les branches professionnelles.


