Le gouvernement a confirmé, le 15 septembre 2026, un plan national pour accompagner 100 000 recrutements dans l’industrie de défense française d’ici 2030. L’annonce, portée par le ministre du Travail et des Solidarités Jean-Pierre Farandou, s’appuie sur une feuille de route déjà présentée en région par France Travail début mai. La filière — environ 4 000 entreprises, plus de 210 000 emplois directs et indirects, un chiffre d’affaires annuel proche de 30 milliards d’euros selon le ministère des Armées — doit absorber une hausse continue des cadences de production, sur fond de montée en puissance budgétaire de la loi de programmation militaire.

Ce que dit le texte
Le dispositif s’articule autour de la « force spéciale défense », créée en janvier 2026 au sein de France Travail et dirigée par la générale (2S) Dominique Vitte, après 38 ans dans l’armée de terre. Sa mission : qualifier les besoins en compétences et coordonner l’action entre la Direction générale de l’armement (DGA), les états-majors et les fédérations professionnelles — GICAT, GIFAS, GICAN — qui remontent les besoins du terrain. Le chiffre de 100 000 recrutements d’ici 2030, déjà cité dans une feuille de route régionale France Travail publiée le 7 mai 2026, a été confirmé au niveau national à la mi-septembre. Les métiers ciblés couvrent la mécanique, la maintenance, les matériaux, l’électronique et l’ingénierie, avec des tensions particulières sur les postes de production (soudeurs, chaudronniers, usineurs) et sur les profils numériques (cybersécurité, systèmes embarqués). Cette montée en cadence se traduit déjà par des reconversions de sites, comme celle de l’usine Thales de Pont-Audemer, réorientée vers la défense depuis 2024.
| Entreprise | Recrutements annoncés 2026 | Détail |
|---|---|---|
| Thales | 3 300 | dont 40 % en R&D |
| MBDA | 900 | tous métiers confondus |
| Naval Group | ≈ 2 000 | CDD, CDI, intérim |
Ce que ça change pour les employeurs
La tension est déjà documentée sur le terrain : en 2025, 40 % des entreprises du secteur déclaraient un manque d’effectifs, et Naval Group recensait à lui seul 200 postes de soudeurs vacants, selon Syndicalisme Hebdo. Pour les directions RH et paie de la filière, l’enjeu dépasse le volume d’embauches à afficher : la concurrence salariale entre grands groupes et sous-traitants tire les grilles vers le haut, et plusieurs industriels investissent désormais dans leurs propres outils de formation — école de soudure à Cherbourg, réouverture de l’école « Arpètes » chez Naval Group — faute de viviers suffisants sur le marché du travail classique. Ce dynamisme sectoriel tranche avec le repli observé ailleurs dans l’économie, où les intentions de recrutement de cadres sont tombées au plus bas depuis 2020. Dix nouvelles « Halles de l’emploi Industrie 360 », montées avec l’UIMM, doivent aussi ouvrir prochainement pour organiser la rencontre directe entre entreprises, candidats et organismes de formation, un canal supplémentaire pour des services RH déjà sollicités par la course aux profils techniques, alors que l’emploi salarié privé enchaîne un sixième trimestre de baisse dans le reste de l’économie.
À surveiller
Côté syndical, la CFDT Métallurgie prévient que « la reconversion de l’outil industriel ne peut se faire sans former les salariés » et alerte sur le risque que « les salariés soient la variable d’ajustement de cette bifurcation industrielle » (Franck Uhlig, secrétaire fédéral). Le calendrier des embauches reste en partie suspendu à la trajectoire budgétaire : l’enveloppe défense progresse de 6,7 milliards d’euros pour 2026, dans l’objectif de porter les dépenses militaires de 2,05 % à 3,5 % du PIB d’ici 2035. Un rythme d’exécution plus lent que prévu pèserait directement sur le calendrier des 100 000 postes annoncés.



