L’Association nationale des directeurs des ressources humaines (ANDRH) a publié, le 17 septembre 2026, les résultats d’une enquête menée auprès de 220 professionnels RH sur l’appropriation de l’intelligence artificielle générative en entreprise. Le constat central : le déploiement des outils d’IA progresse plus vite que la capacité des organisations à adapter les parcours d’intégration des jeunes talents, stagiaires et alternants. Dans plusieurs entreprises, des tâches historiquement confiées aux nouveaux arrivants – rédaction de comptes rendus, tri de documents, premier niveau de support – sont désormais couvertes par des outils d’IA.
Le mécanisme
L’enquête, conduite par l’ANDRH courant 2026, interroge des DRH et responsables RH sur la manière dont l’IA générative transforme les missions habituellement dévolues aux juniors. Les répondants pointent un décalage entre la vitesse d’adoption des outils – assistants rédactionnels, automatisation de tâches administratives, aide à la synthèse – et le temps nécessaire pour repenser les postes d’entrée dans la vie active.
Ce constat rejoint des données publiques. L’Insee a relevé, pour l’emploi salarié du secteur informatique, un recul de 7,4 % sur un an au quatrième trimestre 2025 chez les moins de 30 ans, alors que l’emploi des salariés plus expérimentés progressait sur la même période. Le taux de chômage des moins de 25 ans dépasse par ailleurs 21 % en France, et la part des entreprises se déclarant prêtes à recruter en 2026 est tombée à 46 %, contre environ 78 % deux ans plus tôt selon les enquêtes de conjoncture citées par les acteurs du recrutement.
| Indicateur | Valeur | Évolution |
|---|---|---|
| Professionnels RH interrogés par l’ANDRH | 220 | enquête 2026 |
| Emploi des moins de 30 ans en informatique (T4 2025) | -7,4 % sur un an | recul marqué |
| Chômage des moins de 25 ans en France | plus de 21 % | en hausse |
| Entreprises se déclarant prêtes à recruter en 2026 | 46 % | contre ~78 % deux ans plus tôt |
Ce que ça change pour les employeurs
Pour les directions RH, l’alerte de l’ANDRH pose une question d’organisation autant que de responsabilité sociale : si l’IA absorbe les tâches d’entraînement traditionnellement confiées aux stagiaires, alternants et jeunes embauchés, les entreprises doivent redéfinir le contenu des postes d’entrée et les modalités de montée en compétences, sous peine de fragiliser leur vivier de recrutement à moyen terme.
Cette évolution s’inscrit dans un cadre social qui se précise. Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a annoncé le 12 juin 2026, lors de l’université de l’ANDRH, la préparation d’un plan de formation à l’IA visant quinze millions de professionnels. Les organisations syndicales, dont la CFE-CGC, appellent de leur côté à l’ouverture d’une négociation interprofessionnelle sur l’IA au travail, alors que plusieurs plans de restructuration déjà engagés font disparaître des postes juniors dans la banque, l’assurance ou le juridique.
À surveiller
Le plan de formation à l’IA annoncé par le ministère du Travail doit être finalisé à la rentrée 2026 ; son contenu précis, notamment le volet consacré à l’insertion des jeunes actifs, reste à publier. La Dares a par ailleurs inscrit l’articulation entre IA et pratiques de recrutement à son programme de travail, ce qui devrait produire des données plus fines sur l’ampleur du phénomène. Le dialogue social sur l’IA, réclamé par plusieurs organisations syndicales, conditionnera la manière dont ces constats se traduiront, ou non, en obligations pour les employeurs.
L’alerte de l’ANDRH complète deux autres constats publiés récemment par RH News sur la diffusion de l’IA dans les pratiques RH : la CNIL et les syndicats qui haussent le ton sur le recrutement assisté par IA, et le recrutement de cadres dirigeants où l’IA outille sans remplacer le jugement humain.


