Douvrin (Pas-de-Calais). L’usine historique de Stellantis cessera toute activité le 30 octobre 2026, après l’arrêt de la production de ses derniers moteurs thermiques le 24 juillet. Fondé en 1969 sous le nom Française de Mécanique, le site a produit plus de 40 millions de moteurs et employait jusqu’à 5 800 salariés à son apogée ; il n’en compte plus qu’une centaine aujourd’hui. Depuis l’annonce de la fermeture, 337 salariés ont déjà été reclassés en interne, en externe ou via un plan senior.

Le mécanisme
Stellantis justifie l’arrêt par la baisse de la demande pour le moteur essence EB non hybridé, dans un marché européen désormais tourné vers l’électrification. Les productions encore actives sont transférées ailleurs : une partie du PureTech part vers la Pologne, son successeur étant fabriqué à Trémery (Moselle). Sur la centaine de salariés restants — environ 50 en CDI, une cinquantaine d’intérimaires —, une partie a rejoint ACC, l’usine de batteries électriques installée sur le même site et dont Stellantis est actionnaire principal. Pour la CGT, qui a réuni ses sections le 4 septembre, ce basculement « ne compense rien » : les métiers et les qualifications ne sont pas les mêmes. Le syndicaliste Cédric Brun y voit la disparition d’un bassin d’emploi entier et prévient que « le prochain Douvrin, ce sera Valenciennes », où Stellantis emploie aussi des effectifs importants.
| Date | Étape |
|---|---|
| 24 juillet 2026 | Arrêt de la production des derniers moteurs thermiques |
| 4 septembre 2026 | Réunion nationale de la CGT sur la suite du dossier |
| 30 octobre 2026 | Cessation totale d’activité du site |
Ce que ça change pour les employeurs
Le dossier Douvrin illustre une méthode que d’autres employeurs industriels reproduisent à mesure que la demande de moteurs thermiques recule en Europe : engager les reclassements bien avant la fermeture effective, en misant sur la mobilité interne vers un site voisin plutôt que sur un plan de sauvegarde de l’emploi déclenché dans l’urgence. C’est une logique proche de celle suivie par Renault pour ses 800 départs volontaires en ingénierie, via une rupture conventionnelle collective négociée en amont. Pour les directions RH confrontées à une restructuration industrielle, cet étalement dans le temps limite le nombre de départs contraints, mais ne dispense pas de sécuriser la procédure : une homologation de PSE invalidée fait tomber l’exonération de cotisations sociales attachée aux indemnités, a rappelé la Cour de cassation en juin. Reste aussi la question du territoire : la mobilité vers un site voisin ne recouvre pas toujours les qualifications d’origine, ce qui suppose des parcours de requalification longs plutôt que de simples transferts de poste.
À surveiller
Les quelque 100 salariés encore à Douvrin, CDI et intérimaires, doivent trouver une solution avant le 30 octobre, sans qu’aucun projet de reconversion du site n’ait été annoncé à ce stade. La CGT redoute que la méthode se généralise à d’autres sites du groupe : Cédric Brun cite nommément Valenciennes et Hordain, où Stellantis maintient une activité industrielle importante autour d’ACC et des utilitaires. Douvrin est l’un des premiers grands sites français de moteurs thermiques à fermer entièrement depuis l’accélération du calendrier européen de sortie du thermique, un précédent que d’autres sites comparables pourraient suivre si la demande continue de se contracter.



