Le revenu minimum garanti des livreurs des plateformes de livraison va bondir de près de 62 %. Un avenant à l’accord de branche du 20 avril 2023, signé le 10 juillet 2026 par les organisations représentatives du secteur, a été homologué par un avis publié au Journal officiel du 11 août. Il porte le revenu minimal horaire brut garanti de 11,75 € à 19 € à compter du 1er septembre 2026. La garantie sera désormais calculée à la semaine, et les pourboires resteront acquis au livreur, en sus.

Ce que prévoit l’accord
Négocié dans le cadre de l’Autorité des relations sociales des plateformes d’emploi (ARPE), le texte a été signé, côté travailleurs, par Union-Indépendants et la FNAE ; côté plateformes, par l’Association des plateformes d’indépendants (API), qui réunit notamment Uber Eats et Deliveroo. Il s’applique aux coursiers indépendants opérant au moyen d’un véhicule à deux ou trois roues. Le nouveau plancher de 19 € de l’heure d’activité prend effet le 1er septembre 2026. Deux évolutions accompagnent la revalorisation : la garantie s’apprécie désormais sur une base hebdomadaire, et non plus mensuelle — un mode de calcul plus favorable au livreur —, tandis que les pourboires, jusqu’ici intégrés au calcul du minimum, en sont exclus et reviennent intégralement au coursier. Une clause de révision annuelle est prévue. L’homologation rend l’avenant obligatoire pour l’ensemble des plateformes du secteur.
| Avant | À compter du 1er septembre 2026 | |
|---|---|---|
| Revenu minimum horaire brut garanti | 11,75 € | 19 € (+61,7 %) |
| Période d’appréciation | mensuelle | hebdomadaire |
| Pourboires | intégrés au calcul du minimum | exclus, acquis au livreur |
| Texte de référence | accord de branche du 20 avril 2023 | avenant du 10 juillet 2026, homologué le 11 août 2026 |
Un précédent pour l’économie des plateformes
L’obligation pèse sur les plateformes, non sur les employeurs de droit commun : les livreurs concernés demeurent des travailleurs indépendants, sans lien de subordination. La portée du texte tient à son caractère erga omnes — l’homologation l’impose à toutes les plateformes de la livraison, signataires ou non. Le surcoût, non chiffré officiellement, se répercutera sur des modèles économiques déjà sous tension. Pour les directions RH des autres secteurs, l’accord vaut surtout comme signal : le dialogue social des plateformes, construction juridique récente réservée aux indépendants, produit désormais des minima contraignants qui se rapprochent d’un salaire plancher. L’ARPE avait documenté, dans un rapport de 2025, une érosion marquée du revenu horaire réel des livreurs depuis 2021 — toile de fond d’une négociation menée sous la pression conjuguée des syndicats et du droit européen.
À surveiller
La prochaine échéance est européenne. La directive sur le travail via les plateformes, dont la transposition est attendue d’ici la fin de l’année, doit encadrer la présomption de salariat et l’usage des algorithmes de gestion : elle pourrait requalifier une partie des coursiers en salariés, au-delà de la logique d’indépendants qui sous-tend l’accord du 11 août. À suivre également, les autres volets du dialogue social des plateformes — temps de connexion, protection sociale — et la question de savoir si le transport de personnes (VTC), doté de sa propre instance, empruntera la même voie. La France, qui a déjà manqué l’échéance de la directive sur la transparence salariale, y joue un autre calendrier européen.



