En 2024, 1 297 personnes sont mortes des suites de leur travail en France, selon le rapport annuel de l’Assurance maladie – Risques professionnels. Un niveau inédit, en hausse pour la quatrième année consécutive. Derrière ce record se dessinent deux réalités opposées : les jeunes salariés paient un lourd tribut à leur inexpérience, tandis que les seniors, moins souvent accidentés, subissent des sinistres nettement plus graves.

Ce que disent les chiffres
Sur les 1 297 décès recensés en 2024, 764 sont liés à un accident du travail proprement dit, 318 à un accident de trajet et 215 à une maladie professionnelle. Le paradoxe est net : alors que le nombre d’accidents du travail recule (549 614 sinistres, en baisse de 1,1 %, pour un indice de fréquence de 26,4 pour 1 000 salariés), la mortalité, elle, continue de progresser. Les maladies professionnelles augmentent quant à elles de 6,7 %, portées par les troubles musculo-squelettiques — première cause de reconnaissance —, les pathologies liées à l’amiante et les affections psychiques. Autre signal d’alerte : plus de 20 % des décès consécutifs à un accident du travail surviennent dans l’année qui suit la prise de poste.
| Indicateur (données 2024) | Valeur |
|---|---|
| Décès liés au travail (tous sinistres) | 1 297 — record |
| dont accidents du travail | 764 |
| dont accidents de trajet | 318 |
| dont maladies professionnelles | 215 |
| Accidents du travail (nombre) | 549 614 (−1,1 %) |
| Indice de fréquence | 26,4 pour 1 000 salariés |
| Maladies professionnelles | +6,7 % |
Deux âges, deux risques
Chez les jeunes, la fréquence. Les accidents sont deux à deux fois et demie plus courants chez les moins de 25 ans que chez leurs aînés, rappelle l’INRS. En 2024, 22 salariés de moins de 25 ans ont perdu la vie au travail (contre 33 en 2023) et, dans cette tranche d’âge, près de six décès sur dix surviennent durant la première année à leur poste. En cause : le manque de formation, des tâches confiées sans accompagnement suffisant et une moindre perception du danger.
Chez les seniors, la gravité. Les salariés de 50 ans et plus sont moins souvent accidentés, mais leurs sinistres sont plus lourds : 58 % des morts au travail ont 50 ans ou plus, selon une étude de la Mutualité française. Les arrêts sont plus longs, les incapacités permanentes plus fréquentes, et les chutes de hauteur, chutes de plain-pied et malaises y sont surreprésentés.
Ce que ça change pour les employeurs
Ces données rappellent l’étendue de l’obligation de sécurité qui pèse sur l’employeur. Deux chantiers ressortent en priorité. Pour les nouveaux entrants et les jeunes, l’accueil sécurité, le tutorat et la formation aux postes à risque ne sont pas optionnels : la sur-mortalité de la première année place ce point au cœur du document unique d’évaluation des risques (DUERP). Pour les seniors, la prévention passe par l’aménagement des postes, la lutte contre la pénibilité et l’adaptation des cadences — des enjeux appelés à croître avec le recul de l’âge de départ en retraite. Sur le terrain, l’inspection du travail multiplie les contrôles, notamment lors des épisodes de forte chaleur, tandis que le déploiement du passeport de prévention vise à tracer les formations sécurité de chaque salarié.
À surveiller
Le prochain rapport annuel, portant sur les données 2025, est attendu à l’automne 2026 : il dira si la courbe de la mortalité s’infléchit enfin. En parallèle, le débat public sur les « morts au travail » — sous-déclaration présumée, demande d’une journée nationale de commémoration, renforcement des sanctions — reste ouvert. Enfin, la répétition des vagues de chaleur estivales et le vieillissement de la population active devraient maintenir la pression sur la prévention des risques professionnels dans les mois à venir.



